🕯️En Mémoire de Jean Claude Gicquel (1959–2019)
Jean Claude Gicquel en 2018
Bienvenue sur photo-lys.com.
Ce site, qui fut autrefois la vitrine de son expression et de sa créativité, réouvre ses portes aujourd’hui pour devenir un espace commémoratif et un hommage durable à son fondateur : Jean Claude Gicquel.
Né le 8 juillet 1959 à Clichy et parti le 5 avril 2019, celui que chacun appelait affectueusement JC (Jean Claude) a laissé derrière lui un riche héritage visuel. Photographe, infographiste et photographiste, sa vie entière a été dictée par la résilience, la quête d’identité, la rigueur technique et l’amour absolu de l’image. Épris de liberté et attaché à l’anarchisme individualiste, il laisse l’empreinte d’un esprit profondément libre.
🧠 La force d’un destin autodidacte et d’un esprit hors norme
Derrière l’artiste se cachait un parcours d’une rare force et une histoire personnelle profondément marquée par le mystère des origines. Séparé très tôt de ses racines familiales, portant le nom de sa mère (d’origine eurasiatique / quarteronne japonaise) décédée lorsqu’il n’avait qu’environ 5 ans, il grandit sous la protection de l’Assistance publique. Placé en famille d’accueil à Auxi-le-Château (62), éloigné des bancs de l’école, il apprend seul à écrire bien qu’il soit dysorthographique et forge lui-même son destin. Il portait en lui une histoire complexe, partagé entre ses racines maternelles venues d’Asie et une lignée paternelle française depuis de nombreuses générations — une histoire qui ne révélera certains de ses secrets que bien plus tard.
Doté d’un esprit d’une vivacité hors norme, il possédait le profil de ces surdoués autodidactes dont l’intelligence s’exprime en dehors des cadres scolaires. Orienté vers l’Est de la France au sein d’un établissement pour jeunes de l’Assistance publique aux méthodes particulièrement rigides, il y fait preuve d’une résilience remarquable en y décrochant haut la main son CAP d’électricien. Par la suite, engagé volontaire, il servira son pays comme militaire de carrière pendant trois ans au sein du 57e Régiment d’Artillerie à Bitche (57).
Esprit brillant et mathématicien né, il était capable par sa seule logique de comprendre et de s’approprier les concepts les plus abstraits, jusqu’aux théories de la physique quantique. Professionnellement, il met cette rigueur et son intelligence technique au service de chantiers industriels de très haute envergure. En tant qu’Électricien OHQ (Ouvrier Hautement Qualifié), son expertise l’amène à travailler dans le secteur très exigeant du nucléaire, notamment sur le site d’une centrale nucléaire en Allemagne, en lien direct avec EDF. En France, il participera également de manière active à la construction de la mythique Grande Arche de la Défense en région parisienne, avant de clore définitivement ce chapitre technique aux alentours de 1990.
📸 L’aventure entrepreneuriale et la consécration photographique
C’est au cours de ses jeunes années passées à Auxi-le-Château que sa longue histoire avec la photographie avait commencé auprès de son mentor, le regretté Gérard Bacquet — éminent homme de lettres et historien local. Cette passion devient rapidement son métier dans les années 80. Il franchit un cap entrepreneurial majeur en fondant sa propre société (SAS) de photographie, à Levallois-Perret, en association avec Jacques Fronville.
C’est à cette époque que sa polyvalence lui permet de financer ses projets de terrain : il parcourt ainsi les grands espaces sauvages en tant que photographe animalier pour l’Agence France-Presse (AFP) en Afrique. Son regard aiguisé sur la vie sauvage lui vaudra l’une des plus belles reconnaissances pour un photographe de sa génération : voir au moins l’un de ses clichés publié dans le mythique magazine américain Life au cours des années 80. À la même époque, il signe également des campagnes photographiques pour Jump de Mennem, démontrant une parfaite maîtrise de la prise de vues sportives. Son cliché a parfaitement réussi à l’époque à saisir l’instant précis du saut de l’obstacle ou du galop, mettant en valeur la complicité brute entre l’homme et l’animal dans une atmosphère très lumineuse et sauvage. Sa photographie imprimée dans les magazines de l’époque (comme Paris Match, L’Équipe Magazine ou la presse masculine des années 80/90) figeait toute la puissance esthétique du concept.
Sur le terrain comme en studio, son génie technique impressionnait ses pairs : il possédait cette faculté rare de mesurer la lumière purement au jugé, à l’œil nu, sans jamais avoir besoin d’un flashmètre ou d’une cellule. Son cerveau calculait instantanément l’exposition parfaite. Cette maîtrise absolue des détails millimétriques et de la patience technique s’exprimait également à travers son grand talent pour la macrophotographie, discipline exigeante où il excellait à capturer l’infiniment petit.
Cette maîtrise de la haute vitesse et de la précision l’amène également sur le tarmac du Salon du Bourget. En binôme avec le journaliste Philippe Paschutine, qui signait les articles pour des magazines étrangers, Jean Claude réalise des clichés d’avions et d’hélicoptères d’une technicité remarquable. Toujours au cours de cette intense décennie de création, son sens de la composition graphique lui permet de signer la photographie de couverture du roman uchronique de politique-fiction « L’altermonde » de l’écrivain Jean-Claude Albert-Weil .
🚢 L’aventure américaine et le retour au système D
Lors d’un voyage mémorable aux États-Unis pour faire des recherches auprès des mormons (c’est là-bas que Jean Claude a pris connaissance de ses origines), se retrouvant à court de ressources pour payer son billet de retour, il n’a pas hésité à improviser.
Fidèle à son esprit débrouillard et sans attache, il s’est fait embaucher comme cuisinier à bord d’un cargo afin de traverser l’Atlantique.
Cette traversée romanesque, où il a nourri l’équipage pour regagner la France, restera le témoin précoce de sa capacité absolue à rebondir face à l’imprévu.
🌸 À la recherche de ses origines : l’étape japonaise
Profondément marqué par le besoin viscéral de renouer avec sa part nippone [possiblement, 12,5 % japonais (1/8ème) et 87,5 % français (7/8èmes)], Jean Claude a un jour entrepris le plus important des voyages en se rendant au Japon. Cette quête d’identité et de vérité s’est transformée en un cheminement spirituel absolu : il a séjourné dans un temple et a vécu comme un moine bouddhiste. Cette immersion sacrée au cœur des traditions de ses ancêtres aura durablement forgé sa vision de la vie, de l’art et du temps qui passe.
Parallèlement à son cheminement spirituel, il s’est profondément investi dans la pratique des arts martiaux traditionnels. Habité par la recherche du geste pur, du respect et de la discipline, il a ainsi pratiqué le kendo (l’art de la voie du sabre) ainsi que le ninjashu.
💻 Le virage du numérique et de la 3D (Années 90)
Après avoir quitté Levallois-Perret en 1988, il s’installe à Asnières-sur-Seine, où il résidera jusqu’en 2000. C’est durant la décennie des années 90 qu’opère une formidable mutation : tout en revenant à la photographie sous un angle amateur, son esprit brillant se plonge à corps perdu dans la révolution technologique.
Toujours en pur autodidacte, il apprivoise l’informatique et les balbutiements d’Internet, avant de se passionner pour l’infographie et la modélisation d’images en 3D. Féru de technologies et d’aéronautique, il passait également de longues heures à piloter sur son simulateur de vol sur PC, un outil de précision qui lui permettait de se détendre tout en sollicitant sa logique rigoureuse.
🎨 L’empreinte numérique et l’ultime combat
S’établissant ensuite définitivement à Bondy, il consacre les années 2000 et 2010 à explorer intensément les frontières du graphisme, du portrait d’art numérique et de la composition visuelle. Pendant près de deux décennies, il partage ses créations et échange au sein des communautés virtuelles sous de multiples identités qui ont marqué les esprits :
showa93 (un hommage discret et permanent à ses racines japonaises et à l’ère Shōwa, clin d’œil à son passé militaire), JCG-Art, jcgart, lys93, photo-lys, exegen et photimpact
photimpact93
Le cours de sa création s’est brutalement arrêté en 2017. Frappé par une crise d’épilepsie révélatrice, Jean Claude a dû subir l’exérèse chirurgicale d’un glioblastome latéral gauche. Cette lourde intervention lui a malheureusement fait perdre une grande partie de sa mémoire, le contraignant à poser ses objectifs.
Pourtant, dans un élan de courage extraordinaire et fidèle à sa nature de combattant, Jean-Claude a tenté l’impossible en 2018 : réapprendre de zéro les techniques de la photographie pour essayer de reconquérir ses souvenirs et son art. La maladie s’est malheureusement montrée implacable.
À peine quelques mois plus tard, en octobre et novembre 2018, la progression de la tumeur l’a rendu totalement aphasique et hémiparésique, le contraignant à s’aliter. Il présentait également des troubles mnésiques ainsi qu’une hémianopsie latérale droite.
Finir ses jours de cette manière, au regard de son existence si active, est une véritable tragédie. Heureusement, il est fort probable qu’il n’ait plus eu conscience, à ce stade, ni de son état ni de ce qu’avait été sa vie.
C’est à Bondy, entouré de sa mémoire silencieuse, que son parcours terrestre s’est achevé le 5 avril 2019.
🌐 Son empreinte sur le web
Pour ceux qui ont croisé son chemin ou partagé sa passion à travers les communautés virtuelles, son travail, ses textes et ses galeries numériques partagés en tant que showa93, lys93 (notamment sur DeviantArt), JCG-Art et photimpact restent les précieux témoins de ses années d’intense création.
✨ Quelques éclats de son œuvre
Parce qu’il est impossible de résumer une vie aussi dense, faite de voyages, de spiritualité, de rigueur technique, de passions aéronautiques et de tant de résilience en quelques pages, et parce que faire un choix s’avère trop difficile, vous trouverez simplement sur ce site quelques-unes de ses œuvres emblématiques. Elles seront exposées ici pour témoigner de la sensibilité de son regard, de la singularité de son génie et pour que son souvenir ne s’efface jamais.
Repose en paix, Jean Claude. L’objectif s’est fermé, mais ton histoire et tes images restent.